Il fallait que le Christ souffre beaucoup, qu’il soit mis à mort ... mais pourquoi donc mon Dieu ? Le jour où à cette question nous trouverons une réponse adéquate, une réponse qui apaise le feu de révolte qui suscite la question, c’est que le Royaume sera instauré, et que nous serons comme Lui car nous le verrons tel qu’il est...
Il fallait que le Christ souffre beaucoup, qu’il soit mis à mort ... mais pourquoi donc mon Dieu ? Le jour où à cette question nous trouverons une réponse adéquate, une réponse qui apaise le feu de révolte qui suscite la question, c’est que le royaume sera instauré, et que nous serons comme Lui car nous le verrons tel qu’il est...
Il serait tellement plus logique que les méchants soient punis et le juste glorifié... Mais non, il « fallait » que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il offre sa vie en sacrifice, qu’il passe comme le dit l’épître aux hébreux « derrière le voile » voile du temple mais aussi voile entre ce monde et l’autre, voile qu’est la mort qui, depuis qu’elle fut traversée par le Christ, n’est plus qu’un passage, une pâque vers l’autre vie. Le juste souffrant est donc passé de l’autre côté, il est cette ancre de la foi, jetée de l’autre côté du voile et qui redonne espérance à nos cÅ“urs perdus.
Ce « il fallait » n’est pas une nécessité, Dieu aurait pu sauver le monde autrement, sans doute, mais « il fallait » c’est-à -dire, le Père céleste en a décidé ainsi, non par méchanceté, mais dans un dessein d’amour. Afin que soit manifesté l’amour du cÅ“ur de Dieu d’une façon évidente et claire... Il fallait, car Dieu utilise le mal de notre cÅ“ur, le mal qui est dans le cÅ“ur de ses bourreaux, pour manifester le plus clairement et évidemment possible son amour. Un amour qui accepte tout, croit tout, porte tout... Un amour offert, inconditionnel, comme le cÅ“ur ouvert de Jésus aujourd’hui, exposé à qui veut, un amour offert à qui veut le prendre. Et voilà ce que continue l’Eglise aujourd’hui... Les sacrements naissent de cette source, ce message incompris, ce cri d’amour que l’enfer ne pourra pas renfermer...
Le juste est livré ainsi à la mort parce que le Père sait qu’il va ressusciter le Fils et que cet abandon est le signe d’un amour douloureux mais infiniment fidèle. Comme l’eau jetée sur le brasier des péchés, en se livrant, l’innocence du juste, dans la distorsion de son être, l’emporte finalement car elle est plus profonde que la séparation du péché. La véritable consistance de la création et la seule vérité est celle de l’amour du cÅ“ur de Dieu qui lui donna le jour, la seule chose qui à la fin des temps puisse durer... tout le reste n’est qu’avatar d’une création qui a perdu le sens. La croix, en cela, c’est déjà les derniers temps qui sont tout proches car tout se dévoile, c’est le moment fixé où le diable s’est approché du Fils de l’homme et où il fut vaincu. L’engagement de Dieu dans le Fils sur la croix est total... et cela ne peut que se terminer dans la lumière naissante de la résurrection.
Mais aujourd’hui nous sommes devant le mystère de la mort du Fils ; la croix, le tombeau, ce sont comme un point d’orgue de violence bien sûr, mais qui s’estompe dans la paix de la mort, une mort qui ne réussit pas à vaincre l’espérance. Si Jésus en croix dit « mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », il dit aussi « aujourd’hui tu seras avec moi dans le Royaume des cieux » :l’espérance ne peut pas être vaincue. Marie la vierge pure, d’ailleurs, ne court pas au tombeau, ne recherche pas le corps de Jésus, car elle perçoit au fond de son cÅ“ur de mère la pulsation du cÅ“ur de Jésus qui, mystiquement, continue de battre. Vibration d’une telle ampleur que la terre en a tremblé, que les morts en ressuscitent ; cette lumière dans le grand shabbat de toute la création luit dans le cÅ“ur de Marie, et elle n’a plus besoin de la lumière du soleil, c’est le Christ en elle qui brille.
Les démons eux-mêmes ne comprennent pas ce qui se passe : apparemment ils ont gagné, ils ont bien accompli leur travail, utilisé tous leurs instruments, et toutes leurs ruses et malices... et petit à petit ils perçoivent cette lumière nouvelle, le juste, l’innocent, le Christ traverse les enfers et vient recherche Adam...
Regardons nos vies, combien le mal est peut-être à l’Å“uvre, mais regardons bien, la force de la grâce est là ... infiniment plus puissante, plus calme. Elle grandit, gagne chaque partie de notre vie... voilà l’espérance, le juste. Le Fils de Dieu n’a pas été abandonné, mais il est passé derrière le voile, il nous « prépare une place » comme il l’a promis. Ce n’est pas le jour, ce n’est plus la nuit... cela s’appelle l’aurore.
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Vendredi saint Espérance
10 avril 2007, par Minie 
Merci pour votre belle méditation.
Avez-vous lu « Le Porche du Mystère de la 2ème vertu », de Péguy ?
Il célèbre la petite fille Espérance « qui a fait trembler le coeur même de Dieu ».
En union de prière et de tremblement,
Minie