Cette méthode de lecture de la parole de Dieu qu’est la « lectio divina » [1]vient de la plus profonde tradition de l’Eglise. C’est la méthode des pères de l’Eglise, mais aussi de tous les chrétiens, faite dans un acte de foi, une attention à l’Esprit saint elle conduit à une connaissance qui est « co-naissance » [2]de Dieu. C’est vraiment d’une lecture amoureuse en Eglise qu’il s’agit.
« Cherchez dans la lecture, vous trouverez dans la méditation ; frappez dans la prière, vous trouverez dans la contemplation »
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[3] Une lecture en Eglise On risque toujours d’interpréter, de donner un sens qui fait dévier la parole de Dieu vers une parole humaine, vers ce que je pense, vers ma parole. Simplement parce que je ne comprends pas, ou bien encore c’est plus gênant, parce que je fais dire à la Parole ce que je veux qu’elle dise... C’est pouquoi lire la parole de Dieu implique de le faire « dans l’Esprit » c’est-à -dire de lire avec l’Eglise. L’épiclèse, l’appel de l’Esprit, est l’oeuvre de l’Eglise toute entière, corps du Christ, peuple de Dieu, c’est ce qu’elle fait dans la célébration eucharistique en la personne du prêtre. C’est de cet appel dont le prêtre, à cause de son ministère, fait écho qu’est donnée la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie... la présence du Christ est présence qui nous vient par l’Eglise. Il en est de même pour la Parole.
L’église, dans la célébration de la Parole, se met en situation d’écoute de la parole de Dieu. Cette prière de l’épiclèse [4] que nous devons faire avant d’aborder notre lecture amoureuse dépend directement de cette attitude de réception. Dans ma « lectio divina » mon quart d’heure, mon heure quotidienne, je viens entendre Dieu me parler, de la même façon qu’à l’église, avec les autres, je viens écouter la parole. 4Faire lectio-divina, c’est devenir une pierre vivante de l’Eglise qui écoute la parole de son Seigneur et qui cherche à vivre et manifester le « pas encore » du Royaume dans son « déjà là » ! 4 Le fait de lire et de méditer, « dans la tradition », c’est à dire en la connaissant au moins un peu et en laissant mon jugement être éclairé, éduqué, transformé par elle, est typiquement catholique et orthodoxe, alors que les Eglises protestantes en général proposent une lecture et une interprétation plus personelles, sous l’action directe de l’Esprit saint.
Dans l’Esprit de Dieu. Commencer par une épiclèse n’est pas forcément un garant contre les erreurs et les interprétation personnelles abusives, mais celà tend à nous placer dans une attitude de réception et de docilité à l’Esprit saint. Attention, cela ne veut pas dire que l’originalité soit interdite ! Qu’on pense à saint François, qui comprend avec une telle profondeur l’appel de l’Evangile à la pauvreté qu’il se met nu devant l’évêque et tout le petit peuple d’Assise,... voilà une lecture écclésiale très libre ! Le fait de s’insérer dans la tradition ne tue pas la prophétie, 4L’interprétation en Eglise n’empêche pas la prophétie, mais elle la replace dans le plan de salut guidé par la Providence.4simplement elle l’inscrit dans la continuité de l’oeuvre de salut de Dieu sur la terre.
Cette docilité à l’Esprit signifie que la lecture se fait non pas seulement par une action simplement humaine, mais dans une coopération, une « synergie » entre l’Esprit de Dieu et celui de l’Homme. N’oublions pas que l’Esprit de Dieu est « comme une colombe », elle ne s’approche de nous que si nous l’apprivoisons par la docilité, la tenacité, un certain calme...
Cette attitude de dépendance de l’Esprit saint, de coopération avec lui ne peut se faire que si j’accepte de me décentrer de moi-même, de mes besoins, de mes questions même, de mes inquiétudes. Si je suis trop plein de moi-même et du « bruit » de mes pensées, de mes passions et de mes sentiments, je peux difficilement me laisser approcher par l’Esprit saint. Une vraie lecture de la Parole ne cherche pas à répondre à des questions ni à des besoins, ce qui serait une vision très utilitariste, mais elle vise simplement à me faire entrer dans une présence, un vis-à -vis avec le Seigneur. Il est bien évident que cela répondra après coup à des besoins et des questions très profondes en moi, mais comme par surabondance, pas de façon directe.
[1] terme latin qui désigne une lecture spirituelle de l’écriture.
[2] C’est à dire naissance avec.
[3] Temple de l’Esprit est une des images données par le concile Vatican II pour parler de l’Eglise. LG6
[4] Epiclèse veut dire appel de l’Esprit, c’est le moment où le prêtre dans la prière eucharistique appelle l’Esprit saint sur les dons pour qu’il deviennent le corps et le sang du Seigneur.