Une flamme qui danse
J’allais mal. Je vivais avec une grosse boule dans la gorge qui ne partait pas, même avec la prière. Je savais quelle était l’origine de ma souffrance mais j’en avais honte. Un jour, je suis allée voir un prêtre et je lui ai parlé de ce mal qui me rongeait. Cela m’a soulagée, mais pas durablement. Et puis mon corps m’a fait signe avec une grosse chute de tension. Je suis restée trois semaines au lit, ne pouvant pratiquement pas poser le pied par terre. Toute la maison s’est désorganisée. Les injections ne faisaient que peu d’effet. Je pleurais sans cesse et je dormais. Ma volonté n’opérait plus. J’étais très angoissée. Je pensais que j’allais mourir.
J’ai demandé de l’aide
C’était la Semaine Sainte. Pâques approchait. Sur un appel, mon médecin est venu me voir et m’a demandé d’un ton anodin si quelqu’un m’apporterait l’Eucharistie le jour de Pâques. J’ai répondu négativement. Après son départ, j’étais persuadée que je n’avais plus que quelques heures à vivre. L’angoisse était à son paroxysme. Je priais désespérément mais je me sentais abandonnée.
Le dimanche de Pâques est arrivé. je n’étais pas morte. Vers la fin de la matinée, la sonnette a retenti. Mon mari a fait entrer notre médecin qui nous a souhaité une joyeuse fête de Pâques et m’a apporté l’Eucharistie. Je pleurais à chaudes larmes, tellement bouleversée par son geste.
Quelqu’un avait pris sur son temps pour venir m’apporter le Christ. Le Christ était venu jusqu’à moi. Est-ce que je ne rêvais pas ? Moi qui me voyais déjà morte, quelqu’un ne m’avait pas oubliée. Dieu voulait donc que je vive ?
La gratitude et la paix ont empli mon coeur, mon esprit et mon corps. J’ai cessé d’avoir peur. Une grande confiance m’a envahie. je savais que Dieu était avec moi. Les jours suivants, les forces sont revenues peu à peu et j’ai enfin pu me lever.
Après quelques temps, j’ai repris mon travail. je louais Dieu pour ses bienfaits et je portais plus vaillamment ma souffrance. Quelques mois plus tard, j’ai eu une nouvelle chute de tension, moins forte, mais qui m’a obligée à m’arrêter à nouveau. J’ai alors pris mon courage à deux mains et j’ai demandé de l’aide à mon médecin. Il m’a donné deux noms, celui d’un homme et celui d’une femme, tout en me la recommandant plus particulièrement. J’avais peur
Dès que j’ai eu ses coordonnées, le l’ai appelée. J’avais attendu longtemps pour me décider mais maintenant, j’étais impatiente.
Le premier rendez-vous arriva. J’étais nerveuse et inquiète. Je ne savais pas comment cela allait se passer ni si cette dame me plairait. Madame X. me fit entrer dans son bureau et me proposa un fauteuil moelleux. Je choisis une chaise bien dure à cause de vieux problèmes de dos.
J’étais sur la défensive et en même temps j’avais envie de parler, parler, parler. Dire tout ce que j’avais sur le coeur depuis des années, dire combien j’étais malheureuse, combien je me sentais mal. Au bout de quarante-cinq minutes, Madame X. m’a dit que la séance était terminée. Quelle ne fut pas ma frustration alors que je commençais à peine mon histoire ! Je lui dis que j’avais encore des tas de choses à lui raconter, très importantes, mais la séance était bien finie. Il fallait attendre une semaine. J’ai payé et je suis partie.
J’ai attendu le rendez-vous suivant avec une belle impatience. Chaque fois, les minutes passaient trop vite, me laissant souvent dans un plus mauvais état qu’à l’arrivée. Mon opinion sur Madame X. n’était pas encore faite. Elle m’écoutait, prenait des notes. Je la trouvais parfois inquiétante, parfois proche. J’étais sur la défensive. J’avais du mal à lui parler de choses vraiment intimes. J’avais l’impression de raconter, plus que de comprendre. Je me demandais si je pouvais avoir confiance en elle, la vraie confiance, celle que j’avais donnée et qui avait été trahie.
J’avais peur qu’elle me juge, qu’elle me trouve bizarre, qu’elle répète ce que je lui disais en séance. J’avais peur d’être un cas, d’être anormale. J’avais peur de ne pas être fidèle à Dieu, d’être manipulée mentalement. J’avais peur de me découvrir, de me mettre à nu et de ne pas me reconnaître. Puis les séances sont passées à deux par semaine. J’ai pu abandonner la chaise pour le divan. J’ai pu fermer les yeux. Je sentais que quelqu’un tenait un fil invisible à l’extérieur. Quelque chose en moi a accepté d’aller dans l’obscurité.
Comme une petite lampe qui s’allumait
En fermant les yeux, j’ai appris à lâcher ma volonté petit à petit, à laisser mes pensées advenir en les censurant de moins en moins, puis plus du tout. J’ai prononcé ou associé des mots dont je n’aurais jamais pu imaginer l’existence dans ma conscience et chaque fois que je l’ai fait, j’ai éprouvé une libération extrême, bienfaisante, joyeuse. C’était comme une charge négative annulée par une charge positive et vidée à jamais de son pouvoir maléfique. La désintégration fulgurante d’une charge, d’un poids. Mon inconscient allait parfois à toute allure, ouvrant plusieurs portes d’affilée, parfois renâclait devant la porte à ouvrir. Le travail demandait de la rigueur et de la constance. Une ou deux fois, j’ai éprouvé le désir d’arrêter, je me suis sentie découragée devant la longueur et l’aridité de la tâche dans ce tunnel qui n’en finissait pas. Mais la plupart du temps, j’ai ressenti une libération profonde, une légèreté, une joie bienheureuse, quelques instants où tout était unifié en moi, sans pensée, sans volonté, juste une âme en paix.
Plus je m’enfonçais dans les ténèbres de mon inconscient, moins j’avais peur. C’était une sensation très nouvelle pour moi. J’étais assez à l’aise dans cette nuit parce que chaque porte ouverte était comme une petite lampe qui s’allumait et me guidait vers la porte suivante. je m’enfonçais mais en réalité je faisais une ascension. Un jour, je suis arrivée très haut. Le soleil brillait et le ciel était entièrement bleu. Mais je ne pouvais pas aller plus loin : une vitre transparente me séparait du dehors. À cet instant, j’ai su que je ne pourrai pas voir Dieu avant de traverser la vitre. Et j’ai su aussi que je ne pourrais pas aller plus haut.
Mon chemin vers la vérité et ma vie.
Je savourais de plus en plus la joie de me redécouvrir et d’avoir le droit d’être moi-même, celle que j’avais été avant la naissance et durant les premières années de ma vie. C’était comme insuffler une nouvelle vie, la vraie vie, à une forme modifiée mais qui attendait, hors du temps, de prendre sa véritable apparence. Mes désirs ne me faisaient plus peur. je regardais mes semblables avec plus d’indulgence. Je me sentais pleine de gratitude, de confiance en moi et en la vie, d’amour. J’étais littéralement déchaînée. J’avais envie de sauter, de chanter, de mettre les pieds au mur, de rire, de respirer à pleins poumons, de toucher les gens, de leur dire à quel point la vie était belle. Mon corps s’était à nouveau lié à mon âme. Parfois, j’aurais pu m’envoler tant je me sentais légère. Le bout du tunnel s’annonçait.
La fin de la cinquième année d’analyse arrivait. Les séances n’étaient plus aussi productives ni nécessaires qu’avant. je pressentais la sortie du tunnel mais après tout ce temps, m’arrêter brusquement me faisait un peu peur. Une nuit, j’ai fait un rêve que j’ai raconté en séance et qui s’est avéré être le signal du départ. Je trouve toujours éblouissant et magique, même après plusieurs années d’analyse, la révélation contenue dans les rêves.
Depuis cinq ans, tout mon être se projetait vers cet achèvement et voilà que l’ultime étape était arrivée. Madame X. m’a confirmé ce terme. Je pouvais cesser de venir dès que j’en aurais pris la décision. Une dernière porte restait à ouvrir et à refermer, celle du cabinet. Je savais en moi-même que j’avais la volonté et la force de le faire mais restait la séparation d’avec Madame X. Pendant ces cinq années, elle avait tout écouté et entendu de moi, toutes mes peines et toutes mes joies, toutes mes ombres et toutes mes lumières. Elle avait été mon havre. Personne ne me connaît, personne ne me respecte, personne ne me comprend comme elle. Mais c’est parce que personne comme elle ne me garde dans la vérité et la chaude amitié du Christ que j’ai pu partir.
Je voudrais dire l’énergie que j’ai ressentie les semaines qui ont suivi la fin de mon analyse et que, depuis, je ressens constamment en moi. C’est quelque chose de particulier, de presque inconnu qui est installé, comme à sa place naturelle. C’est d’un tout autre ordre que la sensation de bien-être ou de non-fatigue. C’est comme une flamme qui s’alimente elle-même en se consumant. Une flamme souple et joyeuse. Une flamme qui danse.
Témoignage extrait de la revue :
Lien Hospitalier
Avril mai juin 2002
Article écrit par MTDD le 28/06/2002 (lu 214 - catégorie : Psycho-
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Une flamme qui danse.
14 novembre 2007, par Charles 
C’est vraiment beau de savoir d’une facon ou d’une autre que Dieu veut que nous soyons sains et joyeux dans notre vie, et nous guide dans ce long tunnel pour arriver a la vraie Lumiere.
> Une flame qui danse.
12 janvier 2004 
J’ai lu avec beuaoup de joie le témoignage. J’ai moi-même vécu 2 ans de psychanlyse+des années de thérapei. Ma mamman s’est suicidée l’hiver dernier. Je porte cela en moi aussi. J’ai 52 ans. Je survis : tout est difficile : se lever, sortir, chercher du travail...je sais encore avoir des « cartouches »- pour moi la vie est un combat. J’attends avec impatience les « surprises » que vous nous annoncez. En union de prière.
Joie Vraie
12 janvier 2004, par MTDD 
A vous tous qui réagissez au témoignage, je vous partage ce qu’a dit hier notre Pape aux jeunes : « L’homme est fait pour le bonheur. Votre soif de bonheur est donc légitime. Le Christ a la réponse à votre attente. Il vous demande donc de lui faire confiance. La joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la victoire. » A nous tous qui avons souvent le sentiment de « survivre » comme l’écrit Hermione, le Pape nous rappelle que notre galère de vie peut avoir le sens d’une lutte pour la joie vraie. Cela m’a beaucoup soulagée et réconfortée au sens où on ne se trompe pas de chemin, même s’il est si dur.
> Une flame qui danse.
12 janvier 2004, par Joëlle 
Cette histoire est édifiante, mais la plupart des gens n’ont ,ni le temps, ni l’argent pour faire une analyse en 5 ans. Alors, que leur proposez-vous actuellement ? Bravo pour le site que j’ai découvert grâce aux Catholiens et Bonjour au Père ALEXIS qui doit me prendre pour une revenante !!!!! Amicalement JOËLLE