Où et comment trouver la force et le courage de continuer à vivre malgré l’immense douleur qui me terrassait et que je croyais insurmontable. Aujourd’hui, avec le recul, je sais que le déclencheur de ma démarche fut un terrible évènement. C’est la mort de mon fils, décédé tragiquement, et dont le corps n’a été retrouvé que deux ans et demi plus tard, qui m’a permis de découvrir une partie de mon être habitée par des trésors de courage, d’espoir, et de pouvoirs endormis dans les profondeurs de mon âme.
Les moments de solitude et de réflexion sur ma raison de vivre m’ont permis de raviver en moi la présence de richesses de toutes sortes qui stagnaient au plus profond de mon être depuis ma naissance, et qui ne demandaient que la liberté de s’épanouir. Petit à petit, je pris l’habitude de m’accorder le temps nécessaire pour me recueillir et chercher où et en quoi résidait l’essentiel.
Un jour, alors que je réfléchissais au sens à donner à ma vie, j’entendis une petite voix intérieure qui me dit se nommer Petite Étincelle. Si vous le voulez bien, c’est de mes rencontres avec elle dont j’aimerais vous parler. Elle qui est devenue par la suite une grande amie, une confidente irremplaçable et qui, au surplus, a su me dévoiler le précieux contenu de mon être que j’avais malheureusement négligé d’explorer.
CHAPITRE 1
UNE INTRIGANTE PETITE VOIX
Ma peine était si grande que j’avais l’impression qu’on me broyait le cÅ“ur petits morceaux par petits morceaux. Rien ni personne ne parvenait à me consoler, pas même mon fils cadet, lui-même très bouleversé par la disparition de son frère, jusqu’au jour où une petite voix surgit des débris de mon cÅ“ur et me dit : « Mon nom est Petite Étincelle et je souhaiterais très ardemment devenir un grand feu, mais... toi seule possèdes le pouvoir de me transformer. »
Je demeurai muette et complètement paralysée pendant une minute... peut-être une heure, je ne sais pas.
Soudain, la petite voix se fit entendre à nouveau : « Si tu fais de moi un grand feu, suffisamment ardent, ma lumière te conduira en un endroit où tu trouveras consolation, force et courage. »
Vous imaginez mon étonnement ! J’avais toutes les peines du monde à croire que la voix que je venais d’entendre était bel et bien réelle, ce qui me causa une angoisse si profonde que je pensais avoir perdu la raison. Cependant, mon besoin de réconfort et d’encouragement réussit à faire taire mes craintes.
Mille et une questions continuaient pourtant à tourbillonner dans ma tête. À qui appartenait cette petite voix ? Où se logeait-elle ? À qui demander le chemin pour la rejoindre à nouveau ? Comment pourrais-je réentendre celle qui dit s’appeler Petite Étincelle ? Le désir de converser de nouveau avec elle envahissait complètement mes pensées.
Un jour, j’étais totalement absorbée par toutes ces questions quand à ma grande surprise la petite voix mystérieuse jaillit soudainement du fond de moi-même. Je l’ai bien-sûr immédiatement reconnue, mais pour me rassurer je lui demandai quand même : << Est-ce bien toi Petite Étincelle ?
Éloigne-toi des bruits et des tumultes, ouvre grand ton cÅ“ur et laisse les forces de la vie te guider jusqu’au noyau de ton être. C’est en cet endroit que je loge depuis ta naissance et que j’y nourris l’espoir que tu me découvres. Tu ne peux imaginer le bonheur que me procure le fait que tu sois enfin parvenue à m’entendre. Oh ! J’oubliais... Si tu veux t’assurer que tu es sur le bon chemin, il te suffit de vérifier que ce sentier te mène au cÅ“ur de toi-même ; si oui, tu es sur la bonne route. »
J’aurais aimé lui parler, mais pas un seul mot ne voulait sortir de ma bouche. J’étais étonnée, charmée, entièrement subjuguée, et je restais là bouche bée, complètement figée. À la réflexion, peut-être ne m’avait-elle pas parlé très longtemps ! Assez tout de même pour m’indiquer l’endroit où elle logeait et la façon de la rejoindre. Ma détermination à mieux la connaître était de plus en plus grande et j’étais prête à fournir coûte que coûte tous les efforts nécessaires pour la rencontrer à nouveau. Une petite voix si douce et remplie de tant d’amour ne pouvait que me vouloir du bien ! Après tout, j’avais tout à gagner et absolument rien à perdre à tout au moins écouter ce qu’elle avait à me dire. Chaque fois que je désirais rendre visite à Petite Étincelle, je m’appliquais à suivre les conseils qu’elle m’avait donnés pour me mettre en contact avec elle et, quand j’y parvenais, elle m’accueillait avec autant de bienveillance et d’amour qu’à notre première rencontre. Elle me prodiguait le discernement et l’encouragement nécessaires pour continuer ma route vers de nouvelles découvertes. Il arrivait même parfois qu’elle me fasse cadeau de forces et de pouvoirs dont je ne soupçonnais même pas l’existence.
Petit à petit, j’apprivoisais ce lieu intime où elle attendait patiemment mes visites. Et plus le temps passait, plus il devenait clair qu’outre sa présence, ce lieu secret de mon être cachait des trésors que j’avais jusqu’alors ignorés. Au fil de mes visites, Petite Étincelle s’attisait de plus en plus. Quant à moi, j’étais chaque fois un peu plus charmée par cette intrigante petite voix. Au fur et à mesure de nos rencontres, Petite Étincelle imprégnait en moi des petits traits de lumière qui m’aidaient à retrouver le chemin de sa demeure. Chaque fois que le désir de la rejoindre se faisait sentir, je suivais les directives qu’elle m’avait données pour me rendre à son logis et je la retrouvais toujours là , au noyau de mon être, prête à m’écouter ou à engager la conversation. Quelle fidélité ! Je m’attachais de plus en plus à cette chère et grande Petite Étincelle. Vous comprenez bien qu’un accueil aussi fidèle et amical contribuait à me faire multiplier mes visites, sa façon de me recevoir faisant que je m’y sentais toujours la bienvenue.
Avec le temps, nous étions devenues les meilleures amies du monde et il m’arrivait souvent de regretter de ne pas l’avoir connue plus tôt. Mais... peut-être n’étais-je pas alors prête pour une si grande amitié. Qui sait ? Dire qu’elle était là , pendant toutes ces années, attendant avec patience que je distingue sa petite voix parmi toutes les clameurs de mon cÅ“ur ! Je me disais qu’il ne fallait pas décevoir celle qui faisait preuve d’autant de ténacité et de persévérance, et qui méritait bien que je fasse les efforts nécessaires pour la mieux connaître. C’était pour moi la meilleure façon de lui prouver ma bonne volonté et ma gratitude.
Nos rencontres étaient de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses. Parfois, il se passait des choses étranges pendant nos conversations. Je dirais plutôt extraordinaires : nous ne faisions qu’une ! La première fois, je fus profondément troublée et je passai des heures à chercher le sens de cette manifestation. Mais plus je cherchais, moins je trouvais. Petite Étincelle vint à mon secours et trouva heureusement les mots propres à m’apaiser. De sa voix douce et rassurante elle me dit : « Ne t’en fais pas, il n’est pas nécessaire que tu comprennes toutes ces choses-là . Il faut tout simplement apprécier ces instants ; ce sont des moments de grâce dont la Vie te fait cadeau, il ne faut surtout pas en avoir peur. Ne crains rien, je serai toujours là . Fais-moi confiance ! »
Comme à chaque fois que j’eus recours à son aide, le seul son de sa voix et quelques mots d’encouragement suffirent à me rassurer. Par la suite, lorsque ce phénomène se produisait, je n’avais qu’à me rappeler ses paroles et mon inquiétude se dissipait très vite pour faire place à l’émerveillement. Je me laissais alors ravir par Petite Étincelle. Quel enchantement !
Un jour, alors que nous étions fusionnées, elle me demanda d’une petite voix hésitante : « Dis-moi, chère amie, souhaites-tu vraiment de tout ton cÅ“ur que je devienne un grand feu ? » Inutile de vous dire que ma réponse ne se fit pas attendre !
Je sentais Petite Étincelle dans l’embarras et, pour la mettre à l’aise, je lui dis d’un air aussi détaché que possible : « Dis-moi toujours quelle est cette condition ; je reste libre d’accepter ou de refuser n’est-ce pas ? » C’est d’un ton déterminé qu’elle me répondit alors : « Oui, bien sûr, tu seras toujours libre d’accepter ou non. » Je crois qu’elle avait deviné mon impatience à connaître cette fameuse condition, car elle continua en me disant : « J’y arrive, mais sois un peu patiente... Voilà ! Pour ma croissance et ma survie, il est impératif que tu me nourrisses constamment de trois éléments, faute de quoi je risque de ne demeurer qu’une toute petite étincelle. » Je commençais à mieux comprendre son angoisse et je lui dis d’un ton rassurant : « Il te suffit de me les révéler et, pour toi, je vais les acquérir subito presto et je t’en nourrirai. »
Malgré l’air assuré que je m’étais donné, je crois qu’elle devina ma fragilité, ce qui ne lui facilitait pas du tout la tâche. Avec une immense tendresse dans la voix, elle reprit la conversation : « Sur le chemin qu’il te faudra prendre, tu rencontreras beaucoup d’embûches et de confusion, ce qui te rendra la route très difficile et parfois même très obscure. Mais ne crains rien, je serai toujours prête à te soutenir de mon amour et à éclairer ton chemin de ma lumière. »
En écoutant les mises en garde de Petite Étincelle, j’entrevoyais que la mission qu’elle voulait me confier ne serait pas aussi aisée que je l’avais imaginé. Si je saisissais bien son message, je n’aurais pas accès à ces trois éléments aussi facilement que je ne l’avais cru ! Ça ne se ferait pas comme par magie ! Par bonheur, cette constatation ne parvint absolument pas à atténuer mon désir de faire grandir Petite Étincelle. D’un air grave, je lui déclarai donc : « Je te promets solennellement que malgré toutes les difficultés que je risque de rencontrer je ferai de toi un grand feu ardent. Mais pour cela, il faudrait que tu te décides enfin à me nommer ces trois aliments indispensables à ta transformation. C’est avec beaucoup d’émotion et d’amour dans la voix qu’elle me répondit : « Pour que je devienne un feu suffisamment ardent pour éclairer ta route, il te faudra : du bois fait de compassion pour m’enflammer, un soufflet fait d’amour pour m’attiser et un tisonnier fait de partage pour m’activer. De plus, n’oublie surtout pas qu’il est essentiel que je sois constamment alimentée de ces trois éléments, faute de quoi je redeviendrai une toute petite étincelle. »Un long silence s’installa entre nous. Une fois de plus, nous étions fusionnées.
Pendant ces instants de pur ravissement, j’entendis ces mots jaillir du fond de mon âme : « Et moi, en retour, je te guiderai et j’illuminerai ton chemin jusqu’à une source incomparable. Tous les gens qui ont eu soif d’amour, de paix et de sérénité, et qui ont bu à cette source, ont été rassasiés. »
Là , j’étais vraiment estomaquée ! C’en était trop ! J’avais envie de couper la parole à cette mystérieuse petite voix pour lui dire : « Si tant de personnes viennent boire à cette source, rien ne m’assure qu’elle ne sera pas tarie lorsque j’y arriverai ! » Cependant, je n’en fis rien, me promettant seulement de lui faire cette remarque à un autre moment. Elle continua donc et me dit : « Ne t’inquiète surtout pas, tout un chacun peut y boire à satiété. La profondeur de cette ``Source`` est infinie et elle est intarissable. »
Je n’en revenais pas. Elle me donnait la réponse à la question que je n’avais pas osé lui poser !
Avait-elle donc lu dans mes pensées ? Ou... était-ce le hasard ?
à suivre...chapitre 2 et 3