La liturgie du Lundi saint nous rappelle le geste de Marie, soeur de Lazare. Elle verse sur les pieds de Jésus un parfum de grand prix et elle les essuie avec ses cheveux... Jésus répond à Judas qui trouve que cet argent aurait pu être mieux employé : "elle a fait cela pour mon ensevelissement... " Qu’y a-t-il derrière ce geste ?
Traditionnellement dans la communauté, nous avons vécu cet évènement avec intensité. Il est le moment où nous honorons au milieu de nous la féminité. Nous honorons celles qui mieux que les hommes, sans toutefois toujours pouvoir en rendre compte totalement, pressentent le mystère. C’est ce que fait Marie : elle pressent qu’il se passe quelque chose, cependant c’est Jésus qui mettra les mots sur son acte. Elle pressent, elle honore, elle porte en elle un mystère qu’elle accomplit. C’est la parole de Jésus, qui venant à son secours délivre le message. « C’est en raison de son ensevelissement » et ceci « partout où sera proclamée la bonne nouvelle, on redira ce qu’elle a fait pour moi ».
Ces soins du corps, comme au temps de la toute petite enfance du Seigneur, sont réservés aux femmes à cause de l’infinie délicatesse dont elles sont capables, car cette vie, elles savent qu’elle vient des entrailles.... Elles sont capables de compassion parce que ce tout petit, cet homme est le fruit des entrailles d’une femme... Elles voient dans ce corps du Christ l’homme, l’humain, dans ce qu’il a de radicalement pauvre, cette pauvre matière qui revient si facilement à sa poussière, ses pauvres besoins de soins en nourriture, en chaleur, en un minimum de confort, ce pauvre cœur qui est fait pour aimer et qui n’a souvent reçu que des blessures. Voilà le mystère de l’homme, que cette femme approche... mais il y a plus et elle le sait aussi, il y a le mystère de Dieu qui, voulant rejoindre l’humanité dans sa perdition, a choisi de prendre cette place, fragile et pauvre.
A la fragilité essentielle de l’homme en Jésus elle sent, Marie, cette fragilité décidée, voulue ardemment par Dieu pour délivrer un message d’une douceur et d’un amour infini. Elle l’a bien perçu ce message, cette femme qui s’avance. Elle témoigne par son geste qu’elle a compris, en profondeur. Dans la gratuité de son geste, elle met toute la liberté dont elle est capable, brisant le savoir-vivre, la logique économique et sa peur aussi, afin de répondre par un geste qu’elle est sûre que le Seigneur est seul à comprendre. Répandant le parfum d’un grand prix, elle répond gratuitement, par une folie, à la folie de Dieu. Parce qu’elle a compris, elle peut poser cet acte insensé au regard de Judas. Ce geste, qui peut le comprendre ? Selon la logique de ce monde, ce n’est pas possible... Qui peut comprendre sinon celui qui, comme Marie, a commencé à soulever le voile pesant de ce monde qui est en train de passer.
Moi, je crois que certains hommes, comme Jésus, s’ils le veulent, peuvent aussi trouver leur part de féminité, choisir la douceur, la délicatesse, accepter une certaine fragilité comme chemin vers la sainteté. Pour moi ça rejoint la petite voie d’enfance de la petite Thérèse... pour moi, s’approcher du mystère féminin, c’est s’approcher de Dieu car comme le dit la genèse, la femme est notre aide... ( sur le plan spirituel mais pas pour nous servir comme beaucoup d’hommes l’on pensé ) cessons de jouer les gros durs et laissons nous adoucir, tournons nous vers Marie Madeleine pour lui demander de nous apprendre nous aussi à soulever le voile pesant de ce monde qui passe... pour nous aussi, annoncer un Évangile de douceur et d’Amour en commençant nous même par vivre cet Amour, dans la douceur et avec le sourire ! je pense que notre témoignage sera mieux accepté !