Jn 4:48 Jésus lui dit : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas » En Jn 4, 46-54, lorsque le fonctionnaire royal demande la guérison de son fils, Jésus lui répond par ces paroles si souvent mal comprises : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas, Jn 4, 48 » Trop souvent, nous attachons à ces paroles un Jésus en colère, s’énervant lamentablement devant le manque de foi des hommes. Certaines traductions vont jusqu’à rajouter un point d’exclamation ou d’interrogation et même des petits mots comme « Vous ne croirez donc jamais ». C’est là une interprétation bien risquée des paroles de Jésus. Notre religion ne comporte-t-elle pas des signes ? De plus, dans ce passage, le texte grec ne contient pas de point d’interrogation et peut se comprendre comme une assertion solennelle, disant explicitement : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas ». C’est une déclaration, une constatation simple et évidente que l’homme a besoin de signes pour croire, que c’est là la vérité de l’homme. La foi pure est une illusion. L’Ancien Testament nous parle sans cesse des signes que Dieu donne. En Gn 4, 15 Dieu laisse un signe sur le front de Caïn pour que sa vie soit préservée ; en Gn 9, 12-13, Dieu laisse un arc dans la nuée comme signe de l’alliance avec Noé. Enfin, en Gn 17, 11, Dieu donne un nouveau signe pour l’Alliance avec Abraham : la circoncision...et ainsi de suite jusqu’à Jésus lui-même. C’est donc une constante dans les Ecritures. Lorsque Dieu fait alliance, il laisse un signe car l’homme a besoin de faire mémoire de cette alliance. Le signe renvoie l’homme à sa relation avec Dieu. Il ne doit pas être confondu avec l’Alliance elle-même mais il est ce qui en témoigne et nous renvoie à cet Amour de Dieu. L’Eucharistie elle-même renferme des signes lumineux de l’Amour de Dieu. Dans sa lettre apostolique Mane Nobiscum Domine du 07/10/04, Jean Paul II nous dit au § 14 : Lorsque les esprits sont éclairés et que les cÅ“urs sont ardents, les signes parlent. L’Eucharistie se déroule entièrement dans le contexte dynamique de signes qui portent en eux-mêmes un message dense et lumineux. Les signes nous conduisent à cette actualisation de l’Alliance qui se produit lorsque je reçois Jésus-hostie dans mon corps ! Mais, me direz-vous, Jésus ne s’est-il pas réellement mis en colère contre les Pharisiens et les Saduccéens qui demandaient un signe en Mt 16, 1-4 ? Reprenons posément le texte. Ces derniers s’approchent de Jésus et veulent le mettre à l’épreuve. Ils lui demandent un signe venant du ciel (Mt 16, 1)...sans rien de plus, sans aucune autre motivation ! Ils désirent un signe pour le signe lui-même. Jésus ne peut accepter cette demande car il est écrit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » (Dt 6, 16 // Mt 4, 7). La démarche des Pharisiens et des Saducéens en Mt 16, 1-4 n’a donc rien à voir avec celle de l’officier royal de Jn 4, 46-54. Les premiers veulent le signe pour le signe, le second demande la guérison de son Fils. Jésus repousse les Pharisiens et les Saduccéens, mais il donne le signe que l’officier royal demande. Il guérit son Fils à l’heure même où il renvoie le Père (v. 50) et le père le réalise une fois rentré à la maison : « Ton fils vit » (Jn 4, 53).
Le christianisme est une religion de l’Alliance entre Dieu et l’homme. Cette alliance, Dieu choisit librement d’y associer des signes afin que l’homme en fasse mémoire. Les sacrements eux-mêmes sont des signes visibles qui témoignent d’une réalité cachée à nos yeux de chair. Mais n’oublions pas la multitude de signes que Dieu m’adresse personnellement dans ma vie et que bien souvent, je ne remarque pas ! Prions pour que notre esprit ne s’épaississe pas mais bien que nos yeux voient et nos oreilles entendent (cf. Is 6, 9-10 // Mt 13, 13-15) afin que Dieu qui désire demeurer en l’homme (Jn 15, 4) trouve des cÅ“urs qui gardent sa Parole (Jn 14, 22). Fr. Clément de Rome, CdB.