Constatant les conditionnements des comportements humains dans nos sociétés soit-disant libres, je ne cesse de réfléchir à la question de la liberté, que je relie à la notion d’intériorité. Tout est fait pour nous faire vivre à la surface de nous-mêmes, les informations grand-public, la publicité et, plus généralement, tout ce qui fait la société de consommation stimulent nos émotions, nos envies, nos instincts, créant des conditions favorables à l’émergence des frustrations et des violences. En vivant à la périphérie de soi, l’homme contemporain se laisse asservir par les choses, par ce monde, sans pour autant satisfaire sa soif d’absolu. D’où les tentatives d’évasions de toute sortes, jusqu’à la mort...
La liberté se trouve à l’intérieur de l’homme, non pas à l’extérieur de lui. Certes, l’homme contemporain est invité fréquement à descendre à l’intérieur de lui-même par l’analyse ou la thérapie psychologiques. Arrive-t-il une catastrophe ? Aussitôt on met en place une cellule psychologique (autrefois le premier réflexe était d’appeller un prêtre). Cette aide psychologique est une bonne chose si elle permet à l’être humain de mieux assumer son histoire, ses déterminismes, les épreuves subies et, ainsi, de grandir en liberté. Mais elle n’atteint pas pas la source profonde de la liberté parce qu’elle ne peut atteindre l’origine première de l’être de l’homme. La psychologie renvoie l’homme à lui-même, à sa subjectivité et non à la vérité objective qui est à l’origine de son être.
Or, une vérité subjective ne peut donner la liberté à laquelle il aspire, elle ne répond pas pleinement à l’énigme de l’être humain. Celui-ci est plus qu’une psychologie, il est aussi esprit. Seule la vérité transcendante ouvre à la liberté authentique : la recherche philosophique, surtout la métaphysique, en approche, la prière y conduit. C’est dans la rencontre de Dieu, origine première de qui l’être humain tient son existence, que l’homme atteint sa vraie liberté. C’est dans la prière, comprise comme relation à Dieu, dialogue non avec soi-même mais avec Dieu le Tout-Autre, que l’être humain peut prendre de la hauteur, de la profondeur et apprendre à ne pas se laisser enfermer par ses instincts, ses envies, ses émotions ou les déterminismes de toutes sortes, pour décider personnellement de son propre sort. La liberté est un devoir (Maurice Zundel) ; puissions-nous avoir le courage de partir à la recherche de la vérité transcendante, pour conquérir notre liberté. Mgr Gui de Kérimel, Nice