Matthieu 1, 1-17
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La généalogie, nous le savons en Orient, est d’une importance capitale pour l’identité de la personne. Nous sommes fils d’untel, fils d’untel... Matthieu commence son Evangile par le récit de la naissance et l’enfance de Jésus. Il s’attellera tout au long de son livre à montrer que ce Jésus, fils de David, fils d’Abraham, fils des hommes, est bien le Christ qui vient accomplir les Ecritures. Par le terme « genèse » de Jésus Christ, Matthieu fait allusion au commencement du monde, à la création. Jésus, né de la chair, était avant le temps, il était avec Dieu. Il est également début de la nouvelle création. Il est le nouvel Adam. (Gn 5, 1)
Vient ensuite la série des générations. Trois séries comportant chacune quatorze générations. Arrêtons-nous un moment au chiffre 14 : 14= 7 fois 2. Or, 7 est un chiffre complet. Il est multiplié par deux pour lui donner plus de valeur. Jésus vient dans une généalogie de 14 générations fois 3 pour accomplir cette création c’est-à-dire l’amener à son sommet et à son achèvement. Cet achèvement est en Dieu et par lui. Notons que le chiffre 3 a également une valeur symbolique )
Dans le cours de ces générations, Dieu se révélait et faisait alliance avec son peuple. Dieu éduquait son peuple pour le faire entrer toujours plus dans l’économie du Salut. D’Abraham à David, ce sont les générations où Dieu se révèle comme Dieu unique parmi les dieux. Israël est appelé à le connaître et à le servir. De David à la déportation de Babylone, ce sont les générations où Dieu se révèle Roi unique qui doit régner sur son peuple tantôt chercheur de Dieu mais souvent idolâtre. Dieu finit par corriger ce peuple en l’exilant, en l’envoyant au désert, là où il va séduire son cœur. De la déportation au Christ ce sont les générations où le salut se fait plus proche encore. Les prophètes préparent le chemin et annoncent le Messie. Dieu dépassera toutes les attentes de son peuple, depuis Samuel jusqu’à Isaïe qui s’exclamait : "Ah ! si tu déchirais les cieux et descendais. Devant ta face les montagnes seraient ébranlées... (Is 63,19).
Jésus, le Messie, vient bien de la race de David mais c’est Dieu qui descend. Dieu se fait petit, si petit qu’il prend la chair d’une génération pécheresse. Il se fait l’un de nous. Nous, les Abraham, Jacob, Isaac d’aujourd’hui. Nous, les Booz, David, Salomon d’aujourd’hui. Nous aussi, les Thamar, Rahab et Ruth d’aujourd’hui. Matthieu citera au côté d’hommes aussi grands que pécheurs le nom de femmes-types, qui sont de notre pâte. Elles ont connu le péché. Elles ont crié vers Dieu. Elles attendaient le Salut.
Juda a commis l’inceste avec Thamar sa belle-fille. Thamar s’est prostituée en s’unissant à son beau-père Juda. Mais c’est par l’astuce de Thamar et le péché de Juda que la descendance de ce dernier a eu de la continuité.
Salomon, descendant de Juda, s’unit à Rahab (la prostituée) , elle lui donna Booz. Ce dernier s’unit à Ruth la Moabite, celle qui, d’étrangère qu’elle était, est entrée dans l’Alliance. Elle est l’aïeule du grand Roi David. Matthieu ne prend pas la peine de nommer Bethsabée. Pour lui, elle reste « la femme d’Urie », portant ainsi dans son nom la marque du péché. Elle est la femme d’Urie que le grand roi David a tué. Elle est celle qui a commis l’adultère avec David. Elle est aussi la « Guévara », la mère du grand roi Salomon.
Tant d’hommes et de femmes qui ont connu le Dieu Vivant. Tant d’hommes et de femmes qui ont connu le mal, le péché et la mort. Tant d’hommes et de femmes qui ont crié vers Dieu. Ils ont appelé à l’aide et leur supplication « monta vers Dieu du fond de leur servitude » (Ex 2, 23) « Quand Dieu entendit leur gémissement, il se souvint de son Alliance avec Abraham, Isaac et Jacob... » (Ex 2, 24) Ils l’ont espéré et Dieu a dépassé leurs attentes. « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme ..., afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 4, 4-5) Jésus, nous dit Matthieu, est né de Marie dont l’époux est Joseph. Nous voyons par là autant une allusion à la conception virginale de Marie, qu’une indication de la génération humaine de Jésus. Matthieu le signalera lors de la visite de Jésus à Nazareth : "Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? 56 Et ses soeurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? (Mt 13, 55). Inutile de dire que Matthieu nous enseigne aussi que Marie est la nouvelle Eve qui a porté « le Salut » du monde. Marie clôt la généalogie. Elle est de la même pâte que toutes les femmes déjà citées mais elle les dépasse toutes parce que Dieu s’est plu à naître de son sein virginal. Marie est le type de la femme selon le cœur de Dieu.
D’Abraham à Marie, Dieu n’a cessé de parler à son peuple. A la plénitude des temps, il a envoyé sa Parole éternelle. Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous. Le mot grec que St Jean l’Evangéliste emploie pour dire « demeuré » c’est « sékèn », ce qui veut dire a dressé sa tente parmi nous. Autrement dit, il a établi sa Présence (shékina) parmi nous.
Aujourd’hui encore, Jésus est bien l’un de nous, il est présent parmi nous. Le croyons-nous encore ? Croyons-nous vraiment à ce que nous professons dans le Credo : il est Dieu, né de Dieu... engendré, non pas créé... il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme..." Que ce temps de Noël nous aide à plus d’intimité avec Le Seigneur Jésus. Il ne tardera pas à se révéler davantage à nos cœurs et à nos intelligences.
Sr Tidola, Communauté des Béatitudes
[1] 1 Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham : 2 Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, 3 Juda engendra Pharès et Zara, de Thamar, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram, 4 Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naasson, Naasson engendra Salmon, 5 Salmon engendra Booz, de Rahab, Booz engendra Jobed, de Ruth, Jobed engendra Jessé, 6 Jessé engendra le roi David. David engendra Salomon, de la femme d’Urie, 7 Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa, 8 Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias, 9 Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Achaz, Achaz engendra Ezéchias, 10 Ezéchias engendra Manassé, Manassé engendra Amon, Amon engendra Josias, 11 Josias engendra Jéchonias et ses frères ; ce fut alors la déportation à Babylone.
12 Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, 13 Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Eliakim, Eliakim engendra Azor, 14 Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akhim, Akhim engendra Elioud, 15 Elioud engendra Eléazar, Eléazar engendra Matthan, Matthan engendra Jacob, 16 Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ.
17 Le total des générations est donc : d’Abraham à David, quatorze générations ; de David à la déportation de Babylone, quatorze générations ; de la déportation de Babylone au Christ, quatorze générations.
C’est une question que l’on peut se poser effectivement, mais en fait la signification « fils de david » n’est pas seulement une question de filiation humaine mais une question théologique. En gros le peuple de la promesse attendait le messie et en scruttant les écriture était arrivé à la conclusion qu’il pouvait être « messie pretre », « messie roi », « messie prophête ».
L’appellation « fils de David » veut dire dans le langage de l’époque qu’il représente ce messie roi. Comme le lien à Jean Baptiste veut dire « messie prophête »...
La question de la paternité au sens de géniteur de st joseph n’est donc que d’une importance relative...