« Saisis par la réalité du Royaume présent au milieu de nous » ainsi commence le « livre de vie » de la communauté des Béatitudes. « Saisis », on pourrait dire épris dans une version plus affective, ou bien plus violente en disant « frappés… » C’est en quelque sorte par une expérience « d’irruption » que l’on peut rendre compte de ce que le Royaume est pour nous. La réalité du Royaume vient ainsi de façon subtile interrompre l’ordinaire de notre vie pour nous indiquer une réalité plus profonde : la réalité divine en nous, au milieu de nous et qui vient vers nous.
Cette réalité, nonobstant toutes nos illusions, toutes les saisies partielles de notre sensibilité en quête de sensationnel, est beaucoup plus simple et accessible qu’il n’y paraît. Tellement simple que l’on n’y prête pas souvent attention. Par manque de temps ? Par manque d’éveil aux choses de la foi ? Par un esprit agité tellement sollicité au niveau des sens quand ce n’est pas de la sensualité et qui ramène tout à soi ? Au fond c’est aussi, et même surtout, à cause d’un regard sur nous-mêmes et sur le monde qui ne sait plus sonder le réel à la lumière de la foi.
Saisis donc au niveau de nos sens par une expérience de l’irruption divine, notre vocation de chrétien, et a fortiori d’amis des Béatitudes, nous invite à rééduquer notre regard pour voir le « Royaume au milieu de nous ». Non pas qu’il y ait besoin de s’agiter pour essayer de ressentir et à la limite de « consommer » la présence de Dieu, mais de considérer, laborieusement au début, que le Royaume « est » au milieu de nous, au milieu de moi.
L’assemblée du dimanche, celle de Pâques, celle de tous les jours et aussi cette « assemblée de nos pensées » chaque fois que nous consacrons du temps à Dieu, dans sa pauvreté et sa simplicité est icône du Royaume. Icône, c’est-à-dire qu’elle n’est pas le Royaume-loin de là, car il n’est pas encore révélé dans sa totalité- mais qu’elle utilise sa misère pour « peindre » avec le mélange de couleurs et de mouvements, d’hésitation artistique et de savoir faire, avec l’épaisseur d’une humanité en quête du Seigneur. L’assemblée qu’est la communauté chrétienne-l’église- dit la présence de Dieu.
Pour vraiment participer à l’assemblée eucharistique et finalement à toute assemblée, le disciple du Seigneur a besoin de laisser grandir en lui ce regard de foi. Lorsque tout un chacun voit un lépreux, saint François dans un élan prophétique d’une pureté saisissante voit le Christ. A travers ce regard que l’on peut appeler réellement prophétique l’Esprit prépare son église pour qu’elle devienne un peu plus l’église des béatitudes, celle où la gloire de Dieu se manifeste à travers les pauvres de cœur, dans une épiphanie de la miséricorde miséricorde La miséricorde vient du terme biblique qui veut dire « entrailles ». C’est l’amour indissoluble et inconditionel de Dieu pour nous. .