L’homme est à la fois corps, âme et esprit ; et ces trois dimensions de sa personne, l’organique, le psychique et le spirituel, désignent aussi trois registres de son affectivité. Qu’en est-il alors du lieu, du domaine propre de la vie spirituelle ?
Saint Paul affirme : « l’Esprit Saint s’unit à notre esprit pour attester que nous sommes fils de Dieu » et encore : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cÅ“urs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». Il indique par là que c’est par la « fine pointe de l’âme », l’esprit ou le cÅ“ur que l’Esprit de Dieu se communique à la personne tout entière et jusque dans son corps promis à la résurrection. Voici donc une vérité tout à fait essentielle à la vie
L’amour de soi désagrège l’affectivité dans le multiple, l’amour de Dieu la rassemble dans l’unité. Saint Jean de la croix l’écrit avec précision « la force de l’âme consiste en ses puissances , passions et désirs ; et tout cela est gouverné par la volonté. Quand donc la volonté dirige vers Dieu ces puissances, passions et désirs et les détourne de tout ce qui n’est pas Dieu, alors elle garde la force de l’âme pour Dieu et se porte ainsi à l’armer de toute sa force » [1].
Saint Ignace ne propose rien d’autre dans ses exercices spirituels que « d’ordonner sa vie ». Ordonner sa vie, ce n’est pas renier les sens, ni refouler son affectivité - comme on l’a parfois affirmé pour le plus grand dommage de la vie spirituelle - c’est réorganiser ou mieux, laisser par un consentement intime se réorganiser (sous l’attirance de la grâce de Dieu), toutes les puissances anarchiques des instincts, des passions et des sentiments qui, par eux-mêmes, tendent à leur satisfaction de facon immédiate et désordonnée, de sorte qu’elles deviennent la force de l’amour, son éclat et sa joie. Long travail d’intégration ! Le juste n’est pas un homme sans passion comme celui de l’apatheia stoïcienne ou du nirvana bouddhique, mais un homme aux passions purifiées. Notre malheur n’est pas dans la sensibilité, qui est bonne, mais dans notre inattention, ou « mauvais vouloir », à la laisser se transformer sous l’influence de l’Esprit Saint.
Sans doute, cette transformation ne peut se réaliser, comme l’affirme le Christ en appelant à sa suite, sans une mort et une résurrection semblable à la sienne, c’est-à -dire une sorte de refonte de l’être tout entier ou, comme le disent les mystiques, une nuit de l’affectivité. Heureux ceux qui croient sans voir, qui espèrent sans posséder ce qu’ils attendent, qui aiment sans embrasser encore Celui que leur cÅ“ur désire. Car en la privant de toute
Dans cette transformation, la prière et l’action ont chacune leur rôle irremplacable. La prière, dans la mesure où la méditation de l’Evangile est tout entière finalisée par les affections qu’elle doit éveiller : il faut que le cÅ“ur et la volonté en soient touchés pour désirer
2La contemplation donne de désirer ce que l’action doit chercher ! L’amour affectif devient amour effectif.2
connaître, aimer et suivre le Christ , l’action par la mise en pratique. Sans les affection, en effet, la vie spirituelle serait comme une barque sans rames ou comme une coque sans voile. La méditation chrétienne, disait Alphonse de Liguori, « est comme l’aiguille qui tire après elle un fil d’or, composé d’affection, de résolutions et de prières ». La prière, mais aussi l’action, car l’amour affectif doit devenir effectif sous peine d’en rester aux grands sentiments. L’ amour alors se manifeste pour ce qu’il est : pas seulement dans le sentir ni dans l’agir, qui peuvent nourrir bien des illusions, mais dans l’union des volontés. Tiré de « Christus » Article écrit par père Alexis le 15/02/2002 (lu 256 - catégorie : Psycho-spirituel) -
[1] (la montée du carmel 3,16)