Il faut croire pour prier et prier pour croire » Est-ce une contradiction ? Apparemment, oui, aussi convient-il de préciser les choses et de lever cette contradiction. Croire pour prier : Beaucoup de personnes autour de nous ne prient pas du tout parce qu’elles n’ont pas la foi. Comment demander au nihiliste ou à l’athée convaincu de prier ?
Il n’y a rien ni personne à écouter ni à qui parler. L’homme se tait. Il est seul. Il doit construire sa liberté comme il le peut, selon des critères qui varient infiniment de l’un à l’autre. Le philosophe spiritualiste ne prie pas non plus. Il admet un Principe Absolu, un Etre initial, ou une Force, un Dynamisme primordial qui met tout en branle et soutient le flot continu et multiple des êtres. Mais on ne parle pas à un Principe. Et le Principe est muet. On peut le reconnaître, s’y soumettre, capter le maximum de force émanant de lui. Ca s’appelle le Yoga, le Zen, la méditation transcendantale, pas la prière. Car la prière est l’articulation d’un cri, l’écoute passionnée d’une réponse. Elle suppose un pari initial énorme : quelqu’un peut me parler. Je peux l’entendre. C’est le pari initial de la foi, de la foi judéo-chrétienne et de la foi islamique : Dieu est vivant. Il est quelqu’un qui a des oreilles et une bouche... un cœur pour aimer.
On pourrait citer cent pages et davantage de l’Ecriture là-dessus. Voici l’une des plus belles histoires qui explicite cette assertion. Elle est racontée au 18e chapitre du 1er Livre des Rois : Elie a lancé un défi aux prêtres de Baal pour leur prouver que leur dieu est du vent. Comme effectivement Baal ne répond pas aux objurgations de ses fidèles, Elie ironise : « criez plus fort, car c’est un dieu. Il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ... ». Silence de Baal. Au contraire, Elie supplie avec succès Yahvé son Dieu : « Pour qu’on sache aujourd’hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur ... réponds-moi, réponds-moi pour que ce peuple sache que c’est toi Yahvé qui est Dieu et qui convertis leur cœur ». Et la réponse de Yahvé est fulgurante comme vous pouvez le constater en vous reportant à ce texte savoureux ! Donc, point de départ de la prière : croire que Yahvé existe. Il est quelqu’un en face de moi. Il peut m’entendre. Cette foi minimale peut ne pas être très claire ni très nette. Elle peut être quelque peu oblitérée mais il faut au moins qu’il y ait une présomption en faveur de l’existence de Dieu pour que la prière décolle ! Deuxièm étape : Ce Dieu qui existe, il faut également croire qu’il s’intéresse à moi. Que je suis quelqu’un qui compte pour lui. Dans le concret de la vie, c’est très difficile de croire cela vraiment. C’est une affirmation tellement grave et belle ...tellement étonnante que cela ne va pas du tout de soi. Et même, curieusement, cette affirmation de l’attention que porte Dieu à sa petite créature est plus difficile à admettre que les exigences de Dieu. Nous croyons aux exigences, pas aux promesses. Trop beau pour être vrai en quelque sorte ! Eh bien, pour nous préparer à la prière il faut mobiliser en nous cette foi-là : aucun cheveu de notre tête ne lui échappe ! Notre sort ne lui est pas indifférent...en un mot il nous aime d’un cœur paternel...et maternel à la fois. Troisième étape : Ce Dieu qui existe, et qui est concerné par mon sort, peut quelque chose pour moi. Il peut infléchir le cours de mon existence. Il peut surtout changer mon cœur et l’orienter autrement. Il faut redire ici de Dieu, et à fortiori ce que François de Sales dit de la Ste Vierge : « Si elle n’était ma mère, je ne la prierais pas, disant hélas, n’étant pas ma mère elle n’a pas le vouloir de m’aider. Et si elle n’était la mère de Jésus, je ne la prierai non plus disant : elle est bien ma mère et me veut aider, mais hélas, n’étant pas sa mère, elle est bien pauvrette et ne peut rien pour moi... puis donc qu’étant ma mère et la sienne et qu’ayant ainsi le pouvoir et le vouloir de m’aider que ne la prierai-je ? ». Il existe, il s’intéresse à moi et peut me rejoindre dans ma vie quotidienne. Bref, voici, au seuil de toute prière, l’acte de Foi de base : Il est là, le Seigneur devant qui je me tiens.
Prier pour croire. La prière vécue sérieusement et avec continuité affine singulièrement la Foi et la renforce. Tout d’abord et bien évidemment parce que la prière renforce le sentiment de la présence de Dieu. Il en va de la prière comme de toute réalité relationnelle : moins je rencontre un ami, moins je l’écoute, moins je lui parle et plus ma relation avec lui devient évanescente, si elle existe encore. Qui peut parler encore de confiance quand on en est venu à s’ignorer mutuellement ? A l’inverse, la relation cultivée facilite la compréhension et la confiance mutuelles. Ainsi la prière me fait découvrir Dieu et son action en mille et un domaines où je ne l’avais pas soupçonné : « Tu étais là et je ne le savais pas »... Dieu était là dans une suggestion, une initiation, un événement, la parole d’un tiers, une peine, une joie joie La joie est une émotion très importante. Elle est faite d’une composante physique (exitation, rire, sourire, détente intérieures,...) psychologique (ouverture, pensées positives, désir...) mais aussi, et c’est là qu’elle se distingue du plaisir ou de la motivation, spirituel. Elle a donc une composante psycho-physique mais s’enracine aussi dans le monde des valeurs, ces choses importantes par dessus tout et qui nous font participer à ce qui est plus grand que nous. . La prière me fait prendre conscience que mon univers intérieur est habité, il a couleur et densité. Rien n’y est neutre et banal. Tout un réseau de gestes, de signes, d’actions qui paraissent banals se révèlent dans ma vie comme des secrets que Dieu me réservait, un tableau dont les nuances avaient échappé au regard superficiel et pressé mais où maintenant, grâce à l’attention du spectateur, l’intention de l’auteur se déchiffre en suscitant un émerveillement progressif. Il ne s’agit pas pour autant de voir Dieu trop vite ni de le mettre à toutes les sauces. Il respecte le jeu humain, celui de la nature et leur autonomie ... mais la prière m’initie à la manière de Dieu et aux signes délicats qu’il m’adresse constamment et, du coup, ma confiance, ma ratification intérieure à son égard, se renforcent singulièrement. Parce que la prière aiguise mon regard sur Dieu, mon adhésion grandit. Pourtant Dieu n’exauce pas toujours. Du moins pas de la manière espérée, mais là encore, la prière vient au secours de la Foi et la renforce. Devant ce qui pourrait paraître comme l’inutilité d’une prière impuissante à obtenir ses fins ( la guérison d’une maladie, le succès aux examens, ou dans la situation), on serait tenté de se détourner de ce Dieu décevant. La prière inverse le processus parce que la relation qu’elle maintient avec le Seigneur permet de déchiffrer ce que signifie la désillusion par rapport aux formulations initiales. Pas guéri, c’est un fait, mais la prière éclaire ma conscience apaisée et me fait mieux percevoir le sens de cette douloureuse maladie. La prière déchiffre la signification des choses et des événements en nous rapprochant du cœur de Dieu. On se comprend toujours mieux dans le regard et dans le dialogue. Il en résulte une foi, une confiance infiniment renforcées dans le Seigneur qui me conduit et même dans le Seigneur qui a posé sa main sur moi et qui sait où il me mène ! Article écrit par Père Alexis le 07/10/2003 (lu 169 - catégorie : Formation chrétienne) -