On pourrait effectivement croire que, pour être heureux, il est nécessaire que tous les événements concourent à réaliser, à faciliter la réalisation de nos idées, idéaux, désirs... Cette idée du bonheur est portée par la plupart des adolescents du monde. Elle implique de voir le monde comme un espace à conquérir, un territoire à marquer ; en fait elle est centrée sur notre propre désir de connaître, de conquérir et finalement de nous exprimer nous-mêmes. Il est évident que nous ne pouvons pas vivre sans cette expansion de notre moi. Ce bonheur de conquérir, de connaître et de maîtriser le monde fait partie de notre humanité et même de notre vocation car le Seigneur nous a appelé à maîtriser la nature, à donner un nom aux créatures et donc à les maîtriser. Cette vision positive du monde est essentielle à la croissance et au développement de l’humanité en nous. Mais il est inévitable qu’un jour où l’autre de cette expansion, ce développement personnel se heurte à des obstacles, ne serait-ce que le développement personnel d’une autre personne. Cet événement met en crise le modèle du développement et du bonheur basé sur l’expansion et la conquête. Un jour, un adolescent en révolte contre la communauté avait affiché sur la porte de sa chambre ce mot bien connu de Sartre : « l’enfer c’est les autres », ce qui en communauté prend un sens très particulier ! Un frère, qui voulait entrer en dialogue avec lui, écrit sur l’affiche au crayon : « le paradis aussi, tout dépend par quelle porte tu entres ». Le jeune, désirant continuer à dialoguer de cette façon originale, avait répondu : « de quelle porte s’agit-il ? » et le frère de répondre : « la porte de ton cœur ». Devant la difficulté, le bonheur d’expansion et de conquête soit s’avoue vaincu, soit déprime, soit s’enferme dans un égoïsme qui le conduit à combattre les autres.