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Extraits du journal d’une terre

La création du monde (rien que ça !) revue et corrigée. Une vision originale et pleine de vie de la vie spirituelle.

Jour 1 : aujourd’hui j’ai été rachetée par mon premier propriétaire. J’en suis très heureuse. Quoique je me demande si, même lui, pourra encore faire quelque chose de l’état délabré où je suis arrivée... je l’ai entendu dire : je ferai de toi un verger fertile, tu donneras beaucoup de fruits. Je me suis demandée s’il ne racontait pas de blagues. Je me rappelle que, étant petite, je voulais être un jardin plein d’arbres fruitiers...

Jour 2 : il est venu ce matin, m’a regardée avec amour, et puis, au moyen d’une serpe et d’un râteau, il a commencé à couper et arracher les ronces et les épines. Ses mains étaient toutes ensanglantées mais il continuait quand même. Des reptiles fuyaient de partout. J’en étais pleine mais je ne le savais pas tellement ils étaient bien cachés.

Jour 10 : cette manœuvre de nettoyage est enfin terminée. Elle m’a fait très mal. A chaque mauvaise herbe arrachée je souffrais, mais en même temps, l’oxygène rentrait en profondeur en moi. Lui, par contre, est couvert de plaies. Partout. Il a reçu plusieurs morsures de serpents qui n’étaient pas du tout contents de me quitter. Il était heureux de faire tout ça pour moi...

Jour 11 : il n’est pas venu. Je suis propre comme je n’ai plus jamais espéré l’être, mais je suis toujours très desséchée. J’ai peur. Je me sens infertile. Je me demande ce qu’il va faire de cet état. Même les ronces ne poussaient plus dernièrement en moi.

Jour 12 : je l’ai entendu dire aujourd’hui qu’il m’avait laissé me reposer la journée passée ; et moi qui avais peur d’être délaissée par lui...

Jour 13 : je me suis réveillée secouée, retournée, je n’arrivais pas à comprendre ce qui se passait. Puis j’ai vu une grande machine qu’il conduisait et qui me labourait sens dessus dessous. A ma grande surprise, en moi, à l’intérieur, il y avait toujours un peu d’eau dont j’ignorais la présence. Je suis bouleversée, et par ce mouvement et par cette découverte...

Jour 25 : ça y est. C’est terminé. Je suis épuisée. Tout ce qui était à l’intérieur, enfoui, a refait surface. Je suis en train de redécouvrir ma vraie composition. Tout ce dont j’avais besoin était en moi. Mais je l’avais oublié...

Jour 26 : aujourd’hui aussi il n’est pas venu. Mais maintenant je sais qu’il me donne des jours de repos avant d’entamer une nouvelle phase... je ne m’inquiète plus.

Jour 27 : c’est le plus beau réveil de ma vie. Il m’a inondé d’eau fraîche. Je n’arrêtais pas de recevoir. J’en avais tellement besoin, mais franchement, je n’avais aucune idée du niveau de sécheresse que j’avais atteint.

Jour 28 : ce matin, il m’a couverte d’engrais. Il les a mélangés doucement en moi. C’est fou la sensation de bien-être que je ressens. Je respire. Je revis...

Jour 30 : il m’a parsemée de petits grains. Puis a retourné un peu la surface et est parti. Je n’ai rien compris. Je sens une petite amertume. Je m’attendais à plus ; je m’attendais à être plantée d’arbres... Je suis déçue !

Jour 40 : ça fait 10 jours qu’il ne vient pas. Je sens une légère angoisse m’envahir. Où es-t-il ? Est-ce qu’il m’aurait délaissée ??? J’ai peur de nouveau...

Jour 57 : je suis livrée à la pluie, au soleil et au vent. Toute seule. Je n’arrête pas de me lamenter. Mon angoisse est à son comble. Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi ? Que faire ? Milles et une questions foisonnent dans ma tête mais je n’arrive pas à trouver des réponses...

Jour 63 : le soleil me tape dessus. La pluie m’engloutit. Le vent souffle terriblement. C’est peut-être ça mon sort. Rester comme ça à subir, à ne rien faire ? Mais alors, pourquoi avoir commencé tout ce travail en moi, pour me lâcher par la suite. La révolte que je sens monter en moi est grande. Il aurait mieux fallu ne rien faire s’il allait m’abandonner... et si les épines et les ronces revenaient ? Et les serpents ? Je crie : tu aurais dû me laisser tranquille !...

Jour 80 : je me sens lasse... je me soumets à contre gré... je pense que je ne serai jamais le jardin dont je rêvais...

Jour 96 : je redeviens calme. Je me dis, quand même, tout cet amour qu’il m’a montré ne peut pas être faux. Il doit y avoir une raison pour cette attente que je n’arrive pas à comprendre. La pluie, le vent et le soleil continuent à me tenir compagnie...

Jour 121 : il est venu dans la matinée. Il a enlevé les quelques ronces qui essayaient de refaire surface et a saupoudré quelque chose de blanc sur ma surface. Plus aucun insecte, ni oiseau, ni reptile n’a plus osé s’approcher. C’était un pesticide.

Jour 147 : ça fait un bon bout de temps que je vis dans une paix constante. Le soleil me réchauffe ; la pluie m’abreuve. Le vent me rafraîchit. De temps en temps il fait des visites d’entretien. Il me montre beaucoup d’amour. Et même si je ne comprends toujours pas la signification de cette attente, je m’en fous. Je suis bien d’être avec lui, à lui. Ca me suffit.

Jour 155 : je me suis réveillée couverte de petites pousses vertes. C’est très beau. Merveilleusement beau. Il est venu et m’a regardé avec admiration et beaucoup d’amour.

Jour 207 : ces petites pousses vertes n’étaient autre que des arbres ! Je n’arrive pas à réaliser ce qui se passe. C’est tellement grand et beau que ça me dépasse.

Jour 586 : chacun de mes arbres a des fleurs de couleurs différentes. Je revois la terre aride que j’étais, et je regarde ma beauté d’aujourd’hui. Je pleure de joie et de repentir...

Jour 793 : des pêches, des abricots, des cerises, etc. je porte des fruits que je n’ai jamais rêvé porter. Je déborde. Je sens que je veux donner, donner à tout le monde pour qu’ils goûtent l’œuvre de ses mains.

Jour 1675 : ça fait presque 5 ans que cette aventure a commencé. Le cycle a repris plusieurs fois, mais je le vis maintenant avec confiance, et à chaque fois, les arbres augmentent en nombre et les fruits me surprennent. C’est vrai que, quand je suis seule, c’est toujours difficile à supporter, mais je sais que, si je n’accepte pas d’être dans une solitude où je suis exposée au soleil, à la pluie et au vent, je ne donnerai pas de fruits. Je dépasse donc cette attente dans l’espérance et la joie de sa venue prochaine. Et alors, c’est le bonheur total...

Ecclésiaste 3, 1 Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel.

Ecclésiaste 3, 2 Un temps pour enfanter, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant.

MARANATHA.

Ecrit par Pascale

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