Pour une écoute vraiment humaine.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles ! C’est la sagesse populaire qui le dit et c’est vrai. Si l’on veut écouter une personne pour l’aider à franchir une étape de sa vie, il est nécessaire de comprendre la personne d’une façon globale. Le corps, l’âme et l’esprit sont tellement unis qu’il faut bien comprendre la co-dépendance de tous ces niveaux.Quels sont ces niveaux ? Quelle dépendance entre eux ? Quelle dynamique ? Une évolution spirituelle, une guérison du cœur et la vie tout simplement, pour être vraiment humaine, doit respecter une certains logique. La fameuse pyramide de Maslow exprime cette hiérarchisation des besoins d’une personne humaine. A cause de notre anthropologie spirituelle nous avons modifié un peu celle-ci dans le dernier étage.
Ecouter une personne, c’est donc écouter toutes les dimensions de son être. C’est laisser parler la bouche, mais aussi le corps, c’est entendre, même si quelquefois la personne n’en a pas conscience, son être spirituel.
Un besoin satisfait correctement devient une ressource pour aller plus loin (si je me sens en sécurité, je peux exprimer mes sentiments et construire une relation).
Un besoin non satisfait majore la demande du niveau précédent et mine le niveau supérieur (si ma vie actuelle ne me permet pas d’options de développement et de croissance, je ne pourrai pas construire un projet, je vais revendiquer qu’on me reconnaisse et défendre mon territoire, mais je risque aussi de perdre le sens de ce que je veux vivre et me déconnecter de mes valeurs).
La détérioration d’un niveau parle du niveau au-dessous (souvent, si je me méprise moi-même, c’est que je n’ai pas réussi à recevoir assez de marques d’attention et de reconnaissance).
Une certaine tension est nécessaire (si tout m’est donné, tout de suite, comme je le veux, je perds la force de vivre, je me démobilise parce que je perds le sens et le désir).
La vocation de l’homme s’appuie sur la pyramide, mais peut en venir à la modifier (si je trouve une raison de vivre très forte, ma vocation, je suis prêt à faire beaucoup de sacrifices).
Besoins corporels : Dormir, manger, boire, éliminer, bouger, respirer, être touché, ne plus avoir mal, plaisir. C’est la base de la pyramide, ce sont les besoins vitaux élémentaires.
Vouloir parler spirituel avec un grand malade qui souffre est difficile, voire impossible. Pour permettre à un grand malade, en fin de vie par exemple, de se préparer au passage de la mort, il faut une équipe de soins et un nursing très compétent, sans quoi la douleur, le malaise physique risquent d’empêcher le travail spirituel. Le bien-être physique est très important : si un malade a mal, il réagira sous un mode agressif, ce qui gênera les soignants et la famille tout en rendant les soins difficiles... Ce sont les besoins du maintien de la vie.
Etre protégé, structurer le temps et l’espace, habiter le territoire, fixer le cadre. Une relation de confiance doit naître dans le médecin, dans l’équipe médicale, mais aussi dans la structure d’accueil. C’est pourquoi il est nécessaire que chacun à son niveau fasse preuve de compétence. L’amour ne suffit pas. Le temps et l’espace sont nos références ; le malade, l’enfant et l’adulte, doit savoir comment s’organise son temps, ce qui est attendu de lui dans tel et tel espace (avoir un espace et un temps à soi).
Ce sont les besoins d’amour : présence, ressentir et exprimer des sentiments, communiquer, créer des liens. Ce sont aussi des besoins sociaux : besoin d’une présence pour effectuer les changements intérieurs, besoin de compter pour quelqu’un.
Une présence témoin est souvent nécessaire pour que la personne accepte de laisser une révolte (je reconnais ta souffrance, je compatis). Cette présence permet de sortir du repliement sur soi que provoque la souffrance, la douleur. Pour vivre un détachement, il faut s’attacher ; pour passer une épreuve, l’attachement à quelqu’un est nécessaire. Pour que le besoin psycho-affectif arrive à un niveau satisfaisant, il faut permettre à la personne d’exprimer librement, et favoriser même l’expression des sentiments. Cela permet d’exprimer le vécu intérieur, souvent fantasmatique et de s’ancrer dans le réel (la personne livre des impressions, des vécus intérieurs, et peut ainsi accepter d’être plus raisonnable ensuite si elle a pu exprimer son ressenti et être prise au sérieux).
La personne, pour s’estimer soi-même, a besoin d’être respectée, reconnue, appelée par son nom... comprendre, choisir, décider, affirmer son identité. C’est un niveau stratégique pour le développement de la personnalité car c’est ici que se fait l’entrée dans la vie vraiment personnelle. C’est si et seulement si les niveaux inférieurs sont satisfaits que la personne atteint ce niveau de “ besoins secondaires ”, c’est “ l’actualisation de la personne ”. Ici, l’intelligence de la personne est en marche, elle comprend, choisit, ... elle a une image d’elle-même et elle cherche à devenir cela (tension entre l’idéal du moi et le moi). C’est dans ce phénomène conscient, la conscience de soi, que la personne peut prendre en main sa propre vie. L’estime de soi-même vient de la satisfaction, plus ou moins forte, que l’on a par rapport à l’image de soi. Ici l’enfant devient adulte, il ne doit plus attendre de ses parents ou du thérapeute un regard positif qui lui donne envie de réussir et de vivre mais il doit, pour être indépendant, développer sa propre image dynamique de lui même.
Souvent, la personne fait cela en agissant, en prouvant qu’elle est capable de faire ceci ou cela, et finalement de mener sa propre vie. Certaines jeunes adolescentes se trouvent moche, alors qu’elles sont de véritable fées, simplement à cause du regard négatif qu’elles ont sur elle- mêmes. L’Analyse transactionnelle aime à dire que nous naissons princes et princesses et que nous sommes devenus des crapauds, et qu’il nous faut redevenir des princes... Ici la personne à besoin de se sentir utile, d’avoir de la valeur en soi-même, c’est de là que l’indépendance peut se construire. C’est parce qu’elle a ce désir de maîtriser le monde, sa vie, d’être compétente face à soi même et aux autres qu’elle peut s’affirmer dans son identité, qu’elle peut aussi devenir de plus en plus créative et ouverte. Ce besoin vraiment satisfait, la personne n’a plus rien à prouver, elle peut entrer dans une grande gratuité (idéalement, car en fait c’est rarement aussi net).
Besoin de croissance : explorer, faire des projets, créer, aimer, servir, donner, être utile... l’actualisation de soi... l’actualisation de soi, c’est l’accomplissement de la personnalité vue sur le plan seulement humain, c’est-à-dire qu’elle devient multidimensionnelle, capable de gérer avec souplesse des questions et des problèmes très différents. Elle juge de la qualité de son travail sans être aliénée par le regard des autres. Pour obtenir ce niveau d’actualisation de son potentiel, la personne doit la personne doit créer un équilibre entre ses besoins, les agents stressants et sa capacité d’adaptation aux changements et aux exigences de son organisme et de son environnement. La personne en actualisation d’elle-même : aide les autres à résoudre des problèmes, accepte les conseils des autres, témoigne d’un grand intérêt pour le travail et les question sociales, possède de bonnes aptitudes à la communication tant pour écouter que pour communiquer, contrôle son stress et aide les autres à contrôler le leur, apprécie son intimité, recherche de nouvelle expérience et de nouvelles connaissances, prévoit les problèmes et les réussites, s’accepte, fait des choix et abandonne en choisissant. Besoin de valeurs : bonté, beauté, vérité, simplicité, pureté, amitié, partage,... Mais la croissance peut ne pas en rester là, car la personne a aussi besoin de sens. Pour cela elle reconnaît important pour elle des réalités transcendantes, sans les quelles “ la vie ne vaut pas d’être vécue ”. Ce sont le valeurs, elle peuvent être très différentes suivant les personnes mais elles sont essentielles. Elles représentent des raisons de vivre. Ce sont ces valeurs qui permettent à la personne de donner, de produire et de manifester son identité. Grâce à ces vérités phares, la personne peut mettre sa vie en intrigue. En vivant aujourd’hui selon telles valeurs, elle est au cœur de l’intrigue de sa vie. En vivant proche de ses valeurs, la personne génère du sens pour sa vie. Elle justifie spirituellement tous les niveaux de son être. Dans ce mouvement, la personne s’unifie vraiment. La personne qui réussit à prendre ainsi sa vie en main, réoriente toute sa vie, non pas dans l’imaginaire mais dans le concret (actualisation de la personne, comme au niveau précédent mais autour de valeurs phares). Ici il faudrait parler de mission. A ce niveau, la personne n’est plus centrée sur elle-même mais elle se donne.
Le Dr Frankel parle de déréflexion, il ne s’agit pas de penser l’action mais bien de répondre à une mission qui implique que l’on se consacre totalement. Habituellement, cette actualisation du sens de la vie se fait suivant trois axes : le don à une ou plusieurs personnes, à une action belle et vraie, ou encore en donnant sens et en assumant une souffrance inhérente à la vie. “ dans cette ouverture, quelquefois cette brisure qu’est la souffrance, la question du sens se pose, quel sens a cette vie puisqu’il faut mourir, la personne peut réaliser qu’il ne s’agit pas de trouver le sens de la vie comme si nous pouvions poser la question du sens de l’univers, mais que c’est la vie qui nous pose la question du sens que nous pouvons y mettre ” (Frankel) Spirituel, sens, silence, solitude, intériorité, réconciliation, relation à Dieu... le religieux : ( le religieux mythique est une tentative de comprendre le monde, une projection de la compréhension synthétique de sagesse d’un peuple). La quête religieuse est analogique, il y a quelque chose dans l’univers et sa destinée, qui est semblable à l’histoire de mon pays, de ma tribu, de ma famille et de ma propre histoire personnelle. Le religieux joue un rôle d’unification de la personne, de la société, de la tribu mais aussi un rôle de relation avec ce qui est perçu universellement comme l’être supérieur qui a créé l’univers. Finalement, le religieux ouvre l’homme à la compréhension de lui-même comme n’ayant pas son propre sens en lui-même. Il est référence, non pas seulement à des valeurs transcendantes qu’il lit dans le monde et dans l’être, mais à une personne créatrice, au-delà de l’être, comme réponse à la quête de sens et de communion que chaque homme lit dans sa conscience. La foi : la foi est aussi une réalité analogique.On a foi en une personne, en soi-même... en un idéal, une politique, et ultimement en Dieu.
La foi est à la fois une connaissance, une reconnaissance de Dieu et une confiance en lui. C’est la réponse à la parole divine. La rencontre avec la parole de Dieu percute le sens de la vie parce que cette rencontre est celle du créateur, du sauveur. Elle permet à la personne de saisir (dans la foi) le sens qui s’élabore en elle. C’est ainsi que tout le travail d’unification humaine, d’élaboration et d’actualisation de la personne, de centrage sur les valeurs et sur le sens, rencontre le super sens qu’est la foi, la confiance en Dieu. Il ne s’agit plus seulement de trouver une réponse à la vie, mais d’accepter de faire confiance à celui qui en possède la clé. Le récit de ma vie, mon intrigue personnelle reste vivante, mais- pourrait-on dire- le personnage principal, le héros vient d’entrer en scène au moment où j’accepte de me remettre entre les mains de Dieu. Mais attention, car ce héros est tout à fait autre que moi, en cela il est imprévisible et l’intervention de la transcendance signifie toujours une remise en question de ma vie intérieure, une période de crise, parce que la vraie vie est ailleurs et non pas en moi... mais au cœur de moi, en Dieu. La foi est donc une réorientation de notre être. La foi menace ma vie intérieure aussi bien dans sa suffisance que dans la détresse car elle signifie que la vraie vie est ailleurs et que la vie nouvelle est cachée avec le Christ en Dieu. La foi est toujours un exode hors de soi, elle consiste donc à accepter que ma vie intérieure ne constitue plus le dernier refuge. Seulement, pour entreprendre cet exode que la foi exige il faut bien partir de quelque part.
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Bon entendeur SALUT ! L’écoute de l’être exige de la patiente.c’est dire partir quelque part,aux aguets avec une arme sans lame.cette compétence dynamique restitue toute complexité.voir mouvoir l’être en quête de soi,dans son entité exige un point de mire lumineux orientant l’explorateur,le ramenant à son itinéraire. La démarche à suivre est claire.la raison,la protection,le cadre peuvent faire naître une confiance et non pas la consolider. Toute compassion est nécessaire afin que le débit soit saisi en sa spontannéité, non contrôlé. Ce débit n’est que le passé projeté dans le présent .la mémoire animée par la souffrance,par les images accoustiques se confrontent avec les impressions du vécu :crainte ou courage ?est-ce le vide qui s’installera ?comment combler la douleur de l’arrachement ?hors soi,cloîtré en soi comment résister à soi ,comment se laisser guider sans foi ? le recul ou l’arrêt,le manque de plasticité est-ce une problématique ?de l’ordre affectif ou rationnel ?