Pour ceux qui ne me connaîtraient pas, je m’appelle Philippe et je suis à Partage et Rencontre depuis 23 ans. Ma révolte est que j’ai horreur de l’injustice entre les hommes. Je vais vous raconter ce qui est à l’origine de mon engagement. Depuis des années, j’ai l’habitude d’aller travailler à pied et, pas très loin de la maison, j’ai à traverser un square. Je remarquai au bout de peu de temps qu’une partie des bancs étaient squattés par un groupe d’hommes qui avaient l’air désabusés. « Bonjour, bonjour » furent notre premier contact. Et puis leurs allures paraissant engageantes, je m’enhardis à aller les saluer de plus prêt ; leurs poignées de main fermes de personnes qui sont contentes qu’on s’intéresse à eux me rassura complètement
Cela m’autorisa à partager leurs soucis et aussi leurs joies ; Joies de ne dépendre de personne, joie de vivre à leur guise. Mais soucis de trouver un toit pour la nuit, d’avoir à manger, mais aussi de ne pas être rejeté de partout car beaucoup de gens en ont peur et ne veulent rien partager avec cette population.
A partir de ce jour, je ne passais plus devant eux sans qu’ils ne m’invitent à venir parler un moment avec eux. Souvent l’un ou plusieurs d’entre eux etaient ivre de vin de basse qualité et ils ne savaient plus ce qu’ils faisaient J’ai vu de mes yeux un homme n’ayant plus de vin se saouler avec de l’eau de Cologne. J’ai vu certains autres agressés méchamment pour se faire voler leur faible revenu, c’est à dire leur RMI ou leur manche de la journée. J’ai aussi vu des hommes qui dans leurs beuveries ont tué leurs compagnons de galère pour quelques francs et à peine s’en souvenir lorsqu’on venait les arrêter.
Quelques-uns uns apprirent rapidement « que j’etais d’église » et j’eus droit à beaucoup de confidences : L’un me dit qu’il avait été enfant de cÅ“ur dans sa jeunesse et qu’il saurait encore servir la messe ; un autre qu’il avait été à Lourdes et souhaitait retrouver le prêtre qui l’avait accompagné. Un autre, Yves je me rappelle son nom, me dit un jour : « fait une petite prière pour moi pour que je m’en sorte et que je reparte sur une bonne voie ». Mais ma révolte principale etait lorsque l’un ou plusieurs disparaissaient : Mort violente par meurtre ou par accident ou bien par maladie ou même par suicide. J’en aie répertorié une quarantaine en une dizaine d’année..
QUE FAIT-ON ? En fréquentant mes amis de la rue j’appris qu’un groupe de bénévoles s’occupaient d’eux dans un foyer très prêt du square, où ils pouvaient manger le matin et le midi où on pouvait les aider dans leurs démarches administratives : RMI, et retraite ou bien papiers divers, ils pouvaient aussi faire laver leur linge et se doucher, un coiffeur était à leur disposition une fois par semaine.
J’allai voir la responsable de ce foyer qui accueillit favorablement ma demande. Dans cette structure, je retrouvais un certain nombre de mes amis du square qui venaient ici trouver le couvert et le réconfort ; je fis le service de table un matin par semaine puis bientôt le midi, au bout de peu de temps. Nous les aidions avec nos petits moyens à reprendre un peu pied dans notre société.
Lorsqu’ils allaient faire une démarche seule, on leur disait qu’ils n’avaient droit à rien, mais accompagnés par moi-même où par l’un des bénévoles de l’association, leurs demandes étaient mieux prises en considération et ils avaient plus souvent gain de cause.
La majorité des bénévoles sont chrétiens et sans faire de prosélytisme, le côté spirituel n’etait pas tabou. Trois fois par an : A Pâques, à la Toussaint et à Noël nous faisons une célébration où tout le monde est convié. Il s’y dit des choses qu’on ne s’attendrait pas à entendre par ces gens. Les gars de la rue ne croient pas vraiment en un dieu d’amour mais en un dieu qui peut les aider dans les moments difficiles. Il y a entre 5 et 12 gars, souvent les mêmes, et c’est important pour eux. Et depuis cinq ans, nous les emmenons à Lourdes lors du pèlerinage diocésain où ils participent avec les autres à aider les plus malheureux qu’eux en tirant les petites voitures des malades. Pendant cette semaine les gars ne boivent pas et participent à toutes les activités
C’est lors d’un de ces pèlerinages que l’une du groupe nous confia qu’elle n’etait pas baptisée et souhaitait s’y préparer ; Au bout de deux ans de préparation à son niveau, j’eus la grande joie de la baptiser : Pour ceux qui ne le sauraient pas, depuis six ans je suis diacre permanent avec mission principale d’être en proximité avec les exclus, notamment les SDF et les clochards.
Depuis maintenant dix ans j’Å“uvre au service de cette population que je trouve très attachante et je crois être très accepté par elle.