Où est-il Celui que mon cœur aime ? « Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime ! Je l’ai cherché mais je ne l’ai point trouvé ! Je me lèverai donc et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places je chercherai celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché mais je ne l’ai point trouvé. » Cantique des cantiques 3,1-3.
Cette citation de la Bible dans le « Cantique des cantiques » exprime bien la plainte pathétique et lancinante de tout amour. On voudrait le tenir, l’enserrer, le captiver une bonne fois pour toutes ; mais l’étreinte est éphémère ! C’est mon expérience personnelle. J’ai connu l’instant privilège de la présence et de l’enlacement. Tu étais là, Seigneur, pour moi et moi pour toi. C’était un enchantement porteur d’éternité. Tout semblait atteint puisque nous étions l’un avec l’autre et l’un pour l’autre, mais ça n’a duré que l’espace d’un lointain éclair, éteint depuis longtemps.
Et voici que maintenant, dans les ténèbres, je tâtonne maladroitement et m’use à chercher celui que mon cœur aime. Nous sommes comme cela, tous et chacun. Nous étions branchés, le courant passait, la prière nous mettait en communication, mais tout cela est à mettre au passé car nous voici maintenant dans l’âpre solitude. Le Bien-Aimé est le maître de ses mouvements ; libre, nous ne pouvons pas le contraindre ni le plier au gré de notre désir ou de notre appétit du moment, c’est évident. Cependant nous sommes souvent maladroits car nous le cherchons mollement et là où il n’est pas. Car le Seigneur n’est ni dans le bruit, ni dans l’agitation, ni dans la vitesse forcenée de notre monde ambiant.
L’inverse de ce que nous vivons. Si seulement nous investissions en effort, pour rencontrer Dieu, le dixième de ce que nous dépensons pour tant de futilités qui nous accaparent quotidiennement...je vous garantis que nous le trouverions. C’est là un mal du siècle et un mal de l’Occident. Dites-moi quel temps vous conservez à Dieu quotidiennement ? Quelle fraction de vos vacances vous lui donnez ? Quelles sommes d’argent ? Quel effort intellectuel pour mieux le comprendre ? Quel sacrifice dans votre manière d’agir ? Et de vous engager ? etc....Vous vous plaignez que Dieu est lointain ! N’avez-vous pas fui aux antipodes des lieux et des moments où il vous donne rendez-vous : L’oratoire familial, l’église du village ou du quartier (toujours vide !) le centre spirituel où vous pouvez ressourcer, le livre qui raconte la vie d’un saint ou qui raconte la vie de Dieu (la Bible), l’accompagnateur (prêtre ou pas) qui aimerait vous parler de lui...Bref, si vous voulez rencontrer Dieu, il faut le chercher là où il est...et peut être aussi dans votre propre cœur, car la parole du St Augustin n’a pas vieilli depuis quinze siècles : « Le Seigneur est plus intime à moi-même que moi-même » Comme il vous a créé et vous soutient au fil de votre existence, c’est lui que vous rejoindrez si vous cherchez à vous rejoindre vous-même aux jaillissements les plus essentiels, là où naissent vos aspirations, vos questions, vos angoisses, vos espoirs, vos attentes.
Or, malheureusement, et toujours à cause de nos vaines précipitations vers le clinquant, nous avons acquis un art consommé de la fuite ! La fuite de soi et donc de Lui puisqu’il nous constitue au plus profond de nous-mêmes. Se fuir et fuir Dieu, c’est pareil... Nier Dieu et se nier soi-même, c’est la même chose et c’est un double mal majeur de notre époque. Quand Jean Paul II se fait l’apôtre de l’Homme, il se fait l’apôtre de Dieu car le vrai respect de l’homme mène à Dieu et l’inventaire sérieux de ce que nous sommes ? ce cocktail bizarre d’attachements dérisoires et de quêtes d’absolu ? nous mène à Dieu. Nietzsche pensait que l’homme devait tuer Dieu pour sauver son autonomie. Il est temps d’inverser le blasphème et de réaliser que nous nous recevons nous-mêmes de la main de Celui qui nous a fait... nous nous valorisons à reconnaître l’amour qui est à l’origine de nous-mêmes.
De la poésie ? Peut-être, mais au sens fort du mot « poiein », « faire », « fabriquer », « édifier »... un autre univers, un autre monde. Le regard voit plus loin que les apparences. La lecture mène plus loin que les mots : elle déchiffre le filigrane des événements ; que ce soit bon ou mauvais, rires ou larmes, danses ou entraves, naissance ou mort... et ce filigrane, c’est le contour de celui que mon cœur aime ! La conclusion n’est pas encore écrite, le point final n’est pas posé car dans l’éternité de celui que mon cœur aime, je suis conduit hors d’atteinte, toujours plus loin. Article écrit par D’après « petits pas pour la prière ». le 29/09/2003 (lu 105 - catégorie : Formation chrétienne) -
